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      Comment faire rentrer en France 53 millions d’euros en billets de 100

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      Photo via Flickr/photosteve101

      France

      Comment faire rentrer en France 53 millions d’euros en billets de 100

      Par VICE News

      Le journal Libération et la radio France Inter ont rapporté ce lundi le contenu du procès-verbal de Gérard Limat, expert-comptable suisse de l'homme d'affaires et politique français Serge Dassault. Procès-verbal établi par des policiers de l'Office central anti-corruption de Nanterre, en région parisienne, au début du mois d'octobre.

      Le comptable a été mis en examen pour « complicité de financement illégal de campagnes électorales et d'achats de votes » et pour « blanchiment ». Il affirme dans ce procès-verbal, selon les deux médias français, avoir remis au sénateur UMP et ancien maire de Corbeil-Essonnes, Serge Dassault, la somme de 53 millions d'euros en liquide entre 1995 et 2012. Les espèces provenant de comptes en banque suisses ou luxembourgeois. Gérard Limat aurait également versé 4,2 millions d'euros par virements à des habitants de la ville de Corbeil-Essonnes soupçonnés de trafic de voix électorales.

      Multimilliardaire, Serge Dassault est le fils de l'avionneur Marcel Dassault et le président d'honneur du groupe Dassault Aviation, qui produit entre autres les avions de chasse Mirage. La famille Dassault arrive à la 69e place du classement mondial Forbes. Il est aussi patron de la Socpresse, dont dépend un des principaux quotidiens français Le Figaro. VICE News n'a pas réussi à Joindre Serge Dassault.

      D'après les révélations de son comptable, les livraisons de cash s'effectuaient via une société genevoise, Cofinor. La procédure était bien rodée, Limat se rend en France sans les billets, mais transfère le magot de son coffre-fort vers le compte de l'entreprise Cofinor, qui se charge de lui livrer les billets en France.

      Un livreur de Cofinor retrouvait le comptable à proximité des Champs-Elysées, et lui confiait un sac plastique de marque quelconque contenant des liasses de billets de 100, entourées de papier journal. Ces sacs plastiques contenaient entre 100 000 et 700 000 euros, selon ce que la société Cofinor était en mesure de livrer. Limat déposait ensuite le sac dans le bureau de Serge Dassault, au rond-point des Champs-Elysées.

      Ce que l'enquête en cours cherche à déterminer, c'est si cet argent a servi à acheter des voix durant trois élections municipales de 2008 à 2012.

      Au printemps 2010, soit entre deux élections municipales, Libérationrapporte que la banque luxembourgeoise Edmond de Rothschild chez qui Gérard Limat a un compte refuse d'effectuer un virement à un habitant de Corbeil-Essonnes, ville dont Serge Dassault n'était plus maire après que le Conseil d'État a invalidé en 2009 le scrutin à cause de dons d'argent de nature à altérer la sincérité du scrutin.

      Lima aurait alors informé Serge Dassault qu'il arrêtait de faire des dons aux habitants de Corbeil, mais il aurait continué de livrer du cash à Dassault jusqu'en mars 2012 dit Libération.

      Éric Vernier est professeur de finances, chercheur à l'IRIS et auteur de Fraude fiscale et paradis fiscaux, édité chez Dunod. Il indique à VICE News que dans l'état actuel des choses ce n'est pas très compliqué de monter ce genre de livraison. « Il n'y a aucun problème pour se faire livrer des valises de liquide », à la condition de posséder les fonds nécessaires sur des comptes bien cachés. « Une fois que l'on a réussi à faire arriver son argent sur des comptes à l'étranger, il n'y a plus de soucis. »

      « Il y a différentes manières d'obtenir du cash qui provient de comptes à l'étranger. » explique à VICE News Mathieu Delahousse, journaliste et coauteur de Cache Cash : Enquête sur l'argent liquide illégal qui circule en France édité chez Flammarion. Pour le journaliste, les personnes employées pour transporter de grosses sommes sont souvent des individus « qui n'ont l'air de rien », et « qui ne voyagent pas en première classe », avec « seulement une petite sacoche sur eux ». En termes de volume, indique Delahousse, « Deux millions d'euros en billets de 500 tiennent dans une boîte de céréales format familial ».

      Le journal Libération affirme que la société Cofinor a cessé ses activités de livraison de cash en 2012. Elle a compté des clients richissimes comme Liliane Bettencourt, héritière de l'Oréal et première fortune française et douzième du monde d'après le classement actuel de Forbes. Toujours selon le journal, les livraisons pouvaient « être ordonnées oralement » sans confirmation écrite.

      D'après Mathieu Delahousse, les sociétés comme Cofinor transfèrent l'argent scriptural (argent non physique présent uniquement sur les comptes) depuis l'étranger vers la France, le tirent ensuite en liquide, et le font livrer par des correspondants de confiance à leurs clients, qui peuvent ainsi récupérer l'argent sous forme de cash, en échange d'une commission sous forme de pourcentage. L'argent ne passe donc pas les frontières sous sa forme imprimée.

      Éric Vernier explique que l'Union européenne tente de faire appliquer des mesures de lutte contre la fraude fiscale et le blanchiment d'argent aux banques, mais que celles-ci ne les appliquent pas toujours. « Des pays comme le Luxembourg sont censés répondre aux normes européennes de lutte contre les fraudes, mais il y a un monde entre les discours et la réalité. D'autres pays comme la Suisse ne sont pas membres de l'UE, ce qui restreint les moyens de pression. »

      Luxleaks : « Juncker doit agir ou partir » pour Eva Joly. À lire ici.

      Photo via Flickr / Photosteve101

      Suivez Virgile Dall'Armellina sur Twitter : @armellina

      Thèmes: serge dassault, france, politique, corbeil-essonnes

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